[14] Les deux termes sont appliqués par P. Quignard au domaine romanesque (Petits traités II, xlvi : « Froberger et Grimmelshausen », Paris Gallimard, « Folio », 1990, p. 435).
[15] Que l’on songe aux plus fameux thériantropes : les hommes-bisons des Trois-Frères (Ariège), de Gabillou (Dordogne) ou de Chauvet (Ardèche) ; l’homme-oiseau de Lascaux (Dordogne) ; l’homme-phoque de Cosquer (Marseille).
[16] Giorgio Vasari, « La peinture », XIII, dans Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, éd. et trad. André Chastel, Arles, Actes Sud, « Thesaurus », 2005, t. I, p. 182.
[17] André Chastel, La Grottesque. Essai sur « l’ornement sans nom », Paris, Le Promeneur, 1998, p. 25. Plus loin, l’historien de l’art ajoute : « Il est difficile d’observer une oscillation plus forte que celle de la critique en face de l’“ornement sans nom” : caprice formel ou incantation ésotérique ? phénomène ludique ou armature symbolique ? On peut penser finalement que presque tous les auteurs ont eu plaisir à rencontrer cette contradiction : si la grottesque est la forme capricieuse par excellence, c’est qu’elle suggère beaucoup et qu’elle finit en farce, sans avoir livré le secret qu’on lui prête instinctivement. D’où l’observation, à première vue inattendue, qu’au fond peu d’artistes ont vraiment réussi dans ce registre » (Ibid., p. 49).
[18] De Brueghel l’Ancien, voir, en particulier, Deux Singes (1562), huile sur bois, 0,20 x 0,23 m, Berlin, Gemäldegalerie, n°2077 (en ligne. Consulté le 13 mai 2026). Voir aussi Cornelis Saftleven (1607-1681), Allégorie avec des animaux, 1629, huile sur bois, 0,49 x 0,70 m, Prague, National Gallery, O 7834 (en ligne. Consulte le 13 mai 2026). Sur le sujet, on peut consulter l’article de Céline Ventura Teixeira, « Simples ornements ou caricatures : les singes “émaillés” des palais lisboètes du XVIIe siècle », dans Le Singe aux XVIIe et XVIIIe siècles. Figure de l’art, personnage littéraire et curiosité scientifique, sous la direction de Florence Boulerie et Katalin Bartha-Kovács, Paris, Hermann, « Les collections de la République des Lettres », 2019, pp. 333-344 ; et, pour une perspective générale, l’ouvrage de Bertrand Marret, Portraits de l’artiste en singe. Les singeries dans la peinture, Paris, Somogy, 2001.
[19] P. Quignard, La Frontière, op. cit., chap. I, p. 9.
[20] Ibid., chap. XII, p. 50.
[21] Ibid., chap. XI, p. 45.
[22] A son sujet P. Quignard écrit : « C’est l’histoire d’une femme qui devient un chat. / C’est l’histoire d’une femme malheureuse qui devient, non pas un âne comme dans L’Ane d’or, mais un chat, au haut d’une falaise qui donne sur la mer » (La Suite des Chats et des Anes, préface de Mireille Calle-Gruber, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, « Archives », 2013, p. 12).
[23] P. Quignard, La Frontière, op. cit., chap. XII, p. 51.
[24] « Telle est la conjecture, savoir incertain, énigmatique et propre à l’espèce qui s’est faite l’expérience de ce qu’elle ignore. Le paradoxon, la coïncidence des opposés, la metaphora, le transport d’un visage de bête sur la face d’un homme, sont la seule main qu’elle tend » (P. Quignard, Rhétorique spéculative, Paris, Calmann-Lévy, « Collection littéraire », 1995, p. 131).
[25] « La vie est une transformation continuelle qui se presse dans une hâte que rien n’interrompt. » (P. Quignard, La Frontière, op. cit., chap. II, p. 19 ; Ovide, Les Métamorphoses, XV, v. 176-185). « Les Métamorphoses d’Ovide sont le livre universel de cette anthropomorphose si instable et si angoissante qui fait le peu d’humanité de l’humanité. Les grands romans romains de Pétrone et d’Apulée affrontent directement cette angoisse » (P. Quignard, Le Sexe et l’Effroi, Paris, Gallimard, 1994, « Pasiphaé et Apulée », p. 186). Plus tard, P. Quignard écrit : « Ovide : L’homme doit être laissé comme non fini, c’est-à-dire comme appartenant à une espèce en cours de métamorphose infinie dans une nature qui est elle-même une métamorphose infinie » (Les Désarçonnés, op. cit., chap. XLII : « Ovide », p. 126). Sur cette question, on peut renvoyer à deux études : Ana Paula Rebelo Correia, « Les représentations des Métamorphoses d’Ovide dans les azulejos baroques portugais. Influence des modèles gravés français », Anabases,n°29, 2019, pp. 269-276 ; Franck Collin, « Ovide réinvesti par Pascal Quignard : une poématique engagée dans le devenir », dans Présences ovidiennes, sous la direction de Rémy Poignault et Hélène Vial, Clermont-Ferrand, Centre de recherches A. Piganiol – Présence de l’Antiquité, « Caesarodunum bis », n°52-53, 2020, pp. 355-386.
[26] Ovide, Les Métamorphoses, X, v. 713-716.
[27] P. Quignard, Les Désarçonnés, op. cit., chap. LXI ; « Héraklès au désert », p. 192.
[28] La première est souvent évoquée ou décrite par P. Quignard (en ligne. Consulté le 13 mai 2026), comme le rappelle Bernard Vouilloux (La Nuit et le silence des images. Penser l’image avec Pascal Quignard, Paris, Hermann, « Collection Savoir. Lettres », 2010, pp. 7-31) ; Michel Jouvet considère qu’il s’agit là d’une représentation du sommeil paradoxal : son érection est entendue comme « un fidèle témoin de l’activité onirique » (Le Sommeil, la conscience et l’éveil, Paris, O. Jacob, 2016, « Prologue », p. 18), en l’occurrence le désir de tuer le bison. La deuxième est notamment reproduite sur le site du Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye (en ligne. Consulté le 13 mai 2026).
[29] P. Quignard, La Frontière, op. cit., chap. IV, p. 26. La formation du terme azulejo pourrait reposer sur un emprunt à l’espagnol : azul (« bleu »), suivi du diminutif (« -ejo ») ; le mot azul serait lui-même une altération de l’arabe-persan lazûrd (qui désigne le lapis-lazuli).
[30] Ibid., chap. IV, p. 26. Une telle image est déjà présente chez Apulée (Les Métamorphoses, VIII, 2). L’assimilation rétrospective de Monsieur de Jaume et du sanglier permet de rapprocher la ronde dansée autour de Monsieur d’Oeiras après les noces d’une prédation animale : le traqueur gravite autour de la proie qu’il encercle et enserre pour l’isoler et l’éloigner du groupe avant de la dévorer. On comprend alors pourquoi P. Quignard souligne la confusion opérée entre les deux personnages masculins : le port des éperons et de l’épée du défunt ; l’occupation de son appartement (La Frontière, op. cit., chap. IX, p. 41 et chap. XII, p. 49). En Jaume loge une angoisse difficile à apaiser : la crainte d’être dépossédé d’un objet qu’il ne peut détenir.
[31] Ibid., chap. VII, p. 32. Cette précision probablement empruntée à Apulée (Les Métamorphoses, VIII, 4 : « oculis aspectu minaci flammeus ») pourrait faire écho au célèbre poème de William Blake (The Tyger, 1794), notamment mentionné par G. Bataille : « William Blake demandait au tigre : “En quels abîmes, en quels cieux lointains le feu de tes yeux s’est-il embrasé ?” Ce qui le frappait de cette façon était la pression cruelle, à l’extrême du possible, le pouvoir de consumation intense de la vie. Dans l’effervescence générale de la vie, le tigre est un point d’extrême incandescence. Et cette incandescence, en effet, s’est bien embrasée dans la profondeur reculée du ciel, dans la consumation du soleil. » (La Part maudite, dans Œuvres complètes, éd. sous la direction de Michel Foucault, Paris, Gallimard, 1979, t. VII, p. 40). « D’où vient le mot de sanglier ? demande P. Quignard. De singularis. Singularis porcus. Le porc qui préfère être seul » (Vie secrète, Paris, Gallimard, 1997, chap. XXIII : « Seducere », p. 219).
[32] P. Quignard, La Frontière, op. cit., chap. VIII, p. 33. En « criant » à Monsieur de Jaume « qu’il devait se tromper de cible », Monsieur d’Oeiras semble reprendre un mot rapporté par l’historien de la conjuration portugaise : « Quoi, tu oses me frapper », lance à un membre de la conjuration (Menezes) Antoine Correa (« premier commis du secrétaire » Vasconcellos), « ne pouvant comprendre qu’on osât s’attaquer à lui, et croyant qu’on l’avait pris pour un autre » (René Aubert de Vertot, Histoire de la conjuration du Portugal, Paris, Vve de E. Martin, J. Boudot, E. Martin, 1689, p. 84). « A quoi l’autre ne répondit que par trois ou quatre coups redoublés qui le jetèrent sur le carreau » (ibid., pp. 84-85).
[33] P. Quignard, La Frontière, op. cit., chap. VIII, p. 37.






