Conclusion
- Sylvie Vignes
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      Le présent ouvrage accorde légitimement une place d’honneur à ces artistes d’horizons variés ainsi qu’aux analyses que leur consacrent des spécialistes anglais, allemands, belges et français de l’image. Il accueille également des représentations plastiques plus surprenantes et plus modestes, comme la « Wool War » de la blogueuse Délit-maille concevant « une grande armée minuscule » tricotée en jersey par une armée de volontaires, parce qu’il ne s’agit pas pour elle de commémorer « une histoire de vainqueurs et de vaincus, de batailles », avec « reconstitution en costumes d’époque » mais bien plutôt d’« une histoire de lien » : « Le fil, c’est parfait pour le lien. Lien entre 1914 et 2014 (…), long fil de cent ans. »
      Il fait en outre dialoguer ces œuvres plastiques avec des textes actuels dans lesquels l’image – au sens optique –  de la Grande Guerre est bien présente. Ainsi, côté français, La Bataille d’Occident d’Eric Vuillard, insérant, en regard de chaque chapitre, une photographie en noir et blanc non légendée, et sachant par ailleurs se concilier en douceur les pouvoirs de l’hypotypose, ou le roman que Jean Echenoz a sobrement intitulé 14, dont l’écriture peut être sans exagération qualifiée d’« audiovisuelle ». Ainsi, outre-Manche, l’Irlandais Michaël Longley, tentant de partager, grâce à l’empathie de la parole poétique, les sensations des tranchées dont son père lui faisait jadis le récit, et remettant ainsi en circulation de fortes images dans une infinie course de relais mémoriel, ou la Britannique Pat Barker figurant le trauma comme en abyme en peignant un personnage de roman lui-même à la fois peintre de guerre et figure fracassée, gueule cassée.
      Le volume se referme enfin sur un extrait de Place Monge de Jean-Yves Laurichesse décrivant l’authentique découverte, toute récente, de textes et d’images datant de la Grande Guerre et émanant d’une famille particulièrement éprouvée : un vieux placard un peu humide et bien obscur joue ici les boîtes de Pandore, laissant soudain bondir jusqu’à nous, dans toute la concrétude de son intimité, la dense nuée des malheurs passés. A l’art la mission de s’en emparer pour les exprimer sans les réitérer et, aux antipodes de tout voyeurisme ou sensationnalisme, nous donner à voir.
      Il nous a semblé que les artistes répondaient ici à un véritable besoin collectif, s’employant à combler une sorte de gouffre de mal-être face au passé, que les commémorations officielles multipliées ne font parfois qu’approfondir malgré elles. Le nombre et la variété des réalisations plastiques ou d’écrits à composante plastique inspirées par la Grande Guerre ayant vu le jour depuis nos travaux, ou programmées pour bientôt, en portent encore un vibrant témoignage. Nouveau tome de Fritz Habber en préparation, adaptation d’Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre en BD par Christian de Metter, roman Sweet caress de William Boyd partant de clichés de 14, installation Blood Swept Lands and Seas of Red de Paul Cummins et Tom Piper à la Tour de Londres : le fil n’est pas coupé, et la poursuite du travail mémoriel créatif semble assurée.

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