Résumé

Lectures autobiographiques rétrospectives.
L’exemple des chansonniers occitans I et K

- Aurélie Barre

Français : La lyrique occitane qui s’est développée dans les cours féodales du midi de la France au début du XIIe siècle a été recueillie dans des chansonniers au siècle suivant. La singularité de la tradition lyrique se noue dans cet éloignement temporel entre le poème et sa mise en écrit et dans le mouvement rétrospectif engagé par les scribes qui enregistrent plusieurs années après la voix originelle pour en garder la mémoire. Elle se joue aussi dans la déliaison de l’instance énonciative et de l’instance écrivante : le poète chante. Il n’écrit pas. Et si les chansonniers sont pour certains illustrés de vignettes enluminées, petits portraits de poètes, elles n’émanent pas, elles non plus, de sa main propre. Le troubadour ne dessine pas, et il n’est jamais, ou presque, représenté en train de composer car sa poésie passe par la voix. Comment donc parler, avec les premiers chansonniers occitans, de « récit de soi », de « récit en images de soi » à partir de manuscrits qui ne sont autographes ni au sens strict (écrit de la main de l’auteur) ni au sens élargi (écrit sous le contrôle de l’auteur) ?
Mots-clés : chansonnier, autobiographie, dispositif auctorial

 

English: The Occitan lyric, developed in the Southern France’s feudal courts at the beginning of the twelfth century, was collected in chansonniers in the following century. The singularity of the lyrical tradition is a result of the temporal gap between the creation of the poem and its writing as well as in the retrospective movement undertaken by the scribes who recorded after several years the original voice in order to keep its memory. It comes also from the distance between the enunciative instance and the writing instance: the poet sings. He doesn’t write. And if poets’ small illuminated portraits illustrate the chansonniers, they are not their own creation. The troubadour does not draw, and he never quite appears composing: his poetry originated from his voice. How can we then speak – with the first Occitan chansonniers – of “self-narrative”, or “self-narrative in images ” on the basis of manuscripts which are neither autographs in the strict sense (written by the author) nor in the broader sense (written under the author’s control)?
Keywords: chansonniers, autobiography, auctorial device

 

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